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Le Château d’Eau : Anaïs Tondeur : Ce que les yeux ne saisissent

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Dernière exposition de saison pour Le Château d’Eau toulousain, avant de retrouver ses locaux historiques rénovés, le 17 Novembre : trois séries de la photographe Anaïs Tondeur qui associe sciences et pratique artistique. Artiste de terrain, elle enregistre l’empreinte argentique de substances polluées voire dangereuses présentes dans l’air, les plantes ou la terre elle-même. Sa démarche est volontairement engagée, dans l’idée d’un art politique qui procure une nouvelle présence des éléments, et raconterait les dangers de l’évolution de notre environnement. Entretien.

 

JJAder : Comment décririez-vous votre travail ?
Anaïs Tondeur : Disons des tentatives ou expérimentations, par le procédé photographique, de donner la voix aux entités autres qu’humaines et de révéler leur agentivité par le biais même de la matérialité de l’image. Les plantes par exemple révèlent leur propre écriture végétale sur la surface sensible ; dans « Fleurs de feux » cela donne d’ailleurs une correspondance qui se développe avec le philosophe de la pensée végétale Michael Marder (auteur de « La pensée végétale » Les presses du réel).

JJA : Et pour les images assez oniriques de Tchernobyl Herbarium ?
AT : Là, c’est la radioactivité qui est contenue à l’intérieur de la plante qui contribue à exposer la forme de son corps sur la feuille photosensible. De plus, au fur et à mesure de l’avancement de ce projet, d’année en année, cela permet d’établir un compagnonnage avec ces végétaux qui poussent dans des milieux extrêmes. Donc par ces procédés, j’essaie de développer des formes de protocoles d’attention qui mettent en évidence une autre forme de présence de ces entités.

JJA : Peut-on rapprocher ça des photogrammes ?
AT : Alors, il n’y a qu’une partie de l’image qui est en photogramme, les contours blancs par exemple où la plante va bloquer la lumière, mais toutes les zones sombres c’est vraiment la réaction entre le phénol de la plante et le papier sensible. C’est donc cette phytographie, cette écriture végétale qui est révélée par le végétal lui-même.

JJA : Comptez-vous poursuivre ou améliorer cette démarche ?
AT : Plus récemment, pour continuer à révéler ces entités perturbées, j’ai investi des sols de l’ancienne friche Kodak qui se trouve à Vincennes. À l’aide d’une technique de chromatographie, j’ai donc un rouleau de papier que je mets en contact avec le sol, qui est chargé lui-même en sels d’argent et en solvants, tout ce qu’il faut pour faire de la photo en somme ; et, par capillarité, les molécules du sol remontent dans les fibres du papier et ensuite, c’est assez magique, en exposant ces empreintes à la lumière, l’écriture du sol se révèle en dix jours. Nous parlions d’empreintes, et finalement c’est cette photographie de contact qui m’intéresse le plus.

Jean-Jacques Ader

Exposition d’Anaïs Tondeur « Ce que les yeux ne saisissent » à la galerie Le Château d’Eau de Toulouse (au 58 allées Charles de Fitte pendant les travaux) du 6 Juin au 31 Août 2025. Informations : https://chateaudeau.toulouse.fr/

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