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Jean-Christian Bourcart – Au Coeur de la Création Photographique – Muriel Berthou Crestey

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Le livre de Muriel Berthou Crestey, ” Au coeur de la création photographique ” propose une rencontre avec 24 des plus grands photographes contemporains.

Des photographes parlent. Quels sont les regrets ou les surprises qui ponctuent une vie de photographe ? Quelles sont les stratégies de réalisation, de partage et de diffusion qui leur correspondent ? Comment se sont forgés les points de départ, le thème, les formes etc. ? Quels sont les états d’âme des photographes ? En quoi les nouvelles technologies ont-elles modifié leurs pratiques ? Pour répondre à ces questions et à beaucoup d’autres, Muriel Berthou Crestey a rencontré des photographes représentatifs de différents mouvements de l’époque contemporaine.

L’Oeil de la Photographie vous présente au cours des prochains jours des extraits de ces entrevues, aujourd’hui Jean-Christian Bourcart.

 

Le dérobeur d’images (l’entretien publié comprend 25 questions – en voici 5)

 

  1. B. C. Attraper des moments, serait-ce une façon de les retenir ?

J.-C. B. Ce sont des choses qui traversent le désir, les envies et l’instinct. Le travail intellectuel intervient dans un second temps. Duchamp disait : « L’artiste est meilleur quand il ne sait pas ce qu’il fait. » Il faut qu’il y ait un lâcher-prise. Il y a aussi des tentatives qui n’aboutissent pas. Après, on commence à creuser le sillon mais au début, c’est vraiment le hasard. Il y a toujours une grande part de rencontres. Il faut attraper des choses plus ou moins cycliques, extraordinaires. J’aime bien le hasard, c’est sûr. J’essaie d’instaurer des situations où on a le plus de chance de capter des moments extraordinaires.

 

B. C. La série Traffic(1999-2003) est une véritable galerie de portraits, aux visages souvent plongés dans un abîme de perplexité. Quelle attention portez-vous à la notion de non-lieux en relation avec cette série ?

J.-C. B. Il y a une succession de lieux, la rue Canal street, la voiture, lieu d’intimité ambulant ; les réflexions, lieu du miroir imparfait ; le lieu de la rencontre entre le spectateur et la photo qui se situe géographiquement dans la galerie, ou dans le livre … Mais disons que si la photo ne décrit pas l’endroit, la légende le fait : Downtown Manhattan…, donc on recrée un lieu avec nos souvenirs ou notre imagination.

 

B. C. La vidéo Bardofonctionne sur le principe d’une succession d’images qui s’enchaînent très rapidement, donnant l’impression d’images subliminales. Quelle place joue l’inconscient dans vos œuvres ?

J.-C. B. L’inconscient est partout. Mettre en place des dispositifs qui vont permettre de faire des choses avec le hasard et l’invisible. Le prémédité, c’est le dispositif, la veste truquée, la feuille noire, la destination Camden… tout cela, c’est le cadre. Après, ce qui se passe dans ce cadre, on n’en sait rien. Le dispositif permet de saisir quelque chose de l’imprévisible. Mais je ne pense pas que ce soit spécifique à moi. C’est un peu toute l’histoire de l’art.

 

B. C. Êtes-vous conscient de ce que vous faites au moment où vous déclenchez l’appareil ?

J.-C. B. Il y a des réseaux de signifiants dont je suis particulièrement conscient et j’en joue. La psychanalyse en fait partie mais il y en a d’autres. Le rapport avec le mysticisme, les cérémonies d’initiation dans les tribus primitives. Je fais des choses avec des chamanes péruviens où on passe à travers des états internes. Je suis aussi très influencé par le bouddhisme qui provoque un rapport très général au monde et au réel, par rapport à l’illusion notamment. Je suis très intéressé par les niveaux de perception et les effets de conceptualisation de l’esprit humain qui arrive à la notion de réel. Mais la pensée bouddhiste, et mystique plus généralement, démantèle ces représentations. Les bouddhistes montrent qu’il faut pousser des portes pour aller au-delà. Il y a beaucoup plus d’espace que l’on ne veut l’imaginer. La question est de savoir comment, en tant qu’humain, on veut toucher à l’inhumain.

 

B. C. Pourquoi photographier à la dérobée ?

J.-C. B. Il y avait ces endroits défendus qui me fascinaient et c’était le seul moyen de les capter sans influencer la scène, sauf par les modalités de prises de réel qui déterminent le résultat (affaire de cadre …).

 

Muriel Berthou Crestey – Au coeur de la création photographique

ISBN 978-2-8258-0285-4

Editions Ides et Calendes

www.idesetcalendes.com

 

 

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