Cet automne, Huis Marseille, Museum for Photography présente Rooms We Made Safe, la première exposition muséale de la jeune artiste Michella Bredahl (née en 1988 à Greve, Danemark).
Bredahl est connue pour ses portraits distinctement intimes d’amis et de connaissances, qu’elle saisit dans des moments de détente, chez eux.
Cependant, un foyer ne signifie pas nécessairement sécurité.
Suivant une lignée profondément personnelle, l’exposition remonte jusqu’aux photographies prises par la mère de Bredahl avant sa naissance, ainsi qu’à celles qu’elles ont réalisées ensemble durant son enfance.
L’exposition présente environ soixante œuvres et sera visible du 18 octobre 2025 au 8 février 2026.
Bredahl a grandi dans un quartier de logements sociaux à la périphérie de Copenhague avec sa mère célibataire et sa jeune sœur.
L’appartement était rempli d’une palette de couleurs vives, défiant l’esthétique scandinave minimaliste dominante.
Chaque pièce avait sa propre teinte distincte : bleu profond, rouge éclatant, et motifs floraux couvrant les surfaces.
Quand Bredahl avait sept ans, sa mère lui confia son appareil photo.
Ensemble, elles documentaient leur quotidien intime partagé.
Très jeunes, les deux sœurs furent confrontées à l’addiction de leur mère, ce qui eut sur elles un impact profond.
Dans Rooms We Made Safe, Bredahl revisite le terrain de son enfance, autrefois dangereux, et le réinvente en une puissante expression artistique.
Chacune des pièces du musée Huis Marseille est dédiée à une période différente de son travail, rendant hommage à sa documentation des espaces domestiques.
« Beaucoup de mes photographies ressemblent à des prolongements de ma mère et de ma sœur, ou même à des autoportraits. » — Michella Bredahl
Exploration de la féminité
Peu après ses études, Bredahl commença à se rendre régulièrement à Paris, où elle s’installa en 2020.
La ville lui offrit les tons plus chaleureux qu’elle recherchait, ainsi qu’une grande diversité culturelle.
Bredahl commença à documenter les personnes qui lui étaient proches : des amis, les enfants de ses amis, et des artistes de sa communauté.
Les portraits révèlent une attirance pour des individus partageant un certain sens de la féminité — une expérience qu’elle ne considère pas comme fixe ou exclusive, mais fluide, multiple, et façonnée par la présence de chaque sujet.
Bredahl les photographie dans la sécurité de leurs propres foyers, créant une atmosphère profondément personnelle, renforcée par la richesse chromatique et la profondeur de ses tirages argentiques.
Une sélection importante de ses portraits fut rassemblée dans son premier livre Love Me Again (Loose Joints Publishing, 2023), marquant un tournant dans sa carrière et attirant l’attention de la scène artistique internationale.
Pole dance
Dans son film de fin d’études Chassé (2019), qui suit un groupe de danseurs, Bredahl se lia d’amitié avec une danseuse de pole dance.
Elles commencèrent à suivre des cours ensemble, ce qui fut le point de départ de l’exploration de cette pratique par Bredahl, à la fois personnellement et à travers son appareil photo.
Elle est fascinée par la force physique considérable nécessaire à ces mouvements complexes, ainsi que par la confiance libératrice des danseuses, bien qu’elles se trouvent dans une position vulnérable, dénudées.
Beaucoup de ces danseuses pratiquent chez elles.
Leurs mouvements gracieux sont dirigés vers l’intérieur, pour se sentir belles dans leur propre peau, ou partagés avec le regard occasionnel d’un être aimé.
Pour Bredahl, la danse est ce qui se rapproche le plus de la photographie : une expérience commune de libération, de liberté et de présence totale dans l’instant.
Le sujet s’inscrit naturellement dans l’intérêt artistique de Bredahl pour l’intime et le domestique.
Les photographies qui en résultent rendent hommage à la force du corps féminin.
Miu Miu
À Paris, Michella Bredahl devint partie prenante d’une scène culturelle vibrante, où elle rencontra pour la première fois la célèbre styliste Lotta Volkova.
Volkova étant consultante en stylisme pour Miu Miu (marque lancée par Prada), elles décidèrent de collaborer sur une série consacrée aux danseuses de pole dance, photographiées chez elles ou dans des studios parisiens, vêtues de la collection Automne-Hiver 2024 de Miu Miu.
Comme dans une grande partie de son travail, Bredahl fait appel à ses amis et à sa communauté pour incarner ces récits.
Leurs portraits regorgent de contradictions fascinantes.
Les décors domestiques parfois encombrés contrastent fortement avec les poses gracieuses des danseuses.
Les vêtements ajoutent une autre dimension : ils remettent en cause la tendance à associer la pole dance au strip-tease et compliquent physiquement la danse, puisque la peau nue est normalement essentielle pour maintenir l’adhérence.
Cette série a été publiée sous forme de livre, et depuis, Bredahl et Volkova ont poursuivi leur collaboration créative, réalisant ensemble une campagne publicitaire pour Miu Miu Upcycled 2025.
Maternité et filiation
L’un des thèmes de l’exposition est la beauté et la complexité du lien entre mères et filles.
En présentant des photos issues de ses archives familiales, Bredahl intègre sa propre histoire intime et la genèse de son œuvre.
Les images de sa mère dans les années 1970 et au début des années 1980 apportent une dimension historique à l’expression (de soi) féminine, et montrent comment un élan créatif s’est transmis.
Les photographies brutes des années 1990 montrent une mère confrontée à la dépendance, vue à travers les yeux de son enfant.
Elles offrent un aperçu sincère de la vie d’une famille, avec ses difficultés, ses joies et la complexité d’une histoire que seule une enfant l’ayant vécue pouvait vraiment comprendre.
À propos de Michella Bredahl
Michella Bredahl a étudié la photographie à Fatamorgana, The Danish School of Art Photography (2010–2011), avant d’obtenir un diplôme de cinéma documentaire à la National Film School of Denmark (2015–2019).
En 2023, elle a publié son premier ouvrage Love Me Again chez Loose Joints Publishing.
Au cours des deux dernières années, son approche intime du portrait lui a valu une reconnaissance internationale, citée par des publications telles que The Guardian.
De grandes commandes et la présentation Unmade Beds à l’espace d’exposition Shoot the Lobster (2023, New York) ont suivi.
Rooms We Made Safe est la première grande exposition personnelle de Bredahl dans un musée.
En 2026, les œuvres seront présentées au Kunstmuseum Brandts et au Museum of National History at Frederiksborg Castle, au Danemark.
Michella Bredahl – Rooms We Made Safe
Du 18 octobre 2025 au 8 février 2026
Huis Marseille, Museum for Photography
Keizersgracht 401
1016 EK Amsterdam, Pays-Bas
👉 https://huismarseille.nl/en/














