Vestiges
Des statues antiques de la Citadelle d’Amman aux murs tagués à travers la ville, je me confronte au sentiment d’être un étranger chez moi. Ayant quitté la Jordanie à dix-neuf ans pour y revenir avec le regard de quelqu’un qui a vécu au sein de la diaspora, je me retrouve à naviguer dans un espace qui ne me semble plus être le mien. Partout où je porte les yeux, je vois le fragment d’une relation décousue entre le passé et le présent, la famille et le soi, le foyer et ce sentiment de n’être jamais pleinement chez soi.
Travailler en noir et blanc me permet d’aborder ces instants avec une certaine distance, comme si je revisitais des souvenirs plutôt que de documenter le présent. Un Coran sur un tableau de bord est un rappel de la présence constante de l’Islam, une présence que je ne côtoie plus dans mon quotidien en exil. L’absence d’une chose aussi ordinaire devient le marqueur du changement qui s’est opéré au fil du temps. En revanche, une photographie de l’ombre de ma mère, alors qu’elle se déplace dans la maison avec un déambulateur, reflète un lien plus intime avec la famille et les réalités du vieillissement.
À bien des égards, il s’agit d’une tentative de comprendre ce qu’il reste de ma relation avec la Jordanie, et de renouer le contact alors même que ce lien continue d’évoluer. Il s’agit de reconnaître ce que nous laissons derrière nous, et ce qui refuse de nous quitter.














