Gitterman Gallery présente une exposition de tirages argentiques gélatino-bromure d’époque de Ruth Thorne-Thomsen, visible jusqu’au 6 juin 2026.
Les images imaginatives de Ruth Thorne-Thomsen suscitent un sentiment d’émerveillement et de réflexion. Thorne-Thomsen mettait en scène des images photographiques dans le paysage, puis les rephotographiait pour créer des scènes surréelles parfaitement homogènes, souvent traversées d’allusions à la mythologie et à l’histoire. Elles semblent apporter la preuve des rêves et offrir une compréhension plus profonde de notre psychologie.
Je crée des métaphores visuelles d’états expérientiels à partir d’images provenant de multiples sources, en utilisant la photographie pour créer l’unité d’un champ visuel qui est l’illusion de la réalité. Certains voient dans cet effet une contradiction avec la capacité du médium à produire un sentiment d’actualité ; en réalité, c’est précisément cette contradiction qui m’enthousiasme. En tant qu’artiste, j’explore les états d’esprit intérieurs et méditatifs issus de la trame de mon expérience personnelle. J’utilise les images qui m’attirent, je les agence puis les photographie à travers une ouverture sténopé. Cette approche parfois ludique me permet de créer des royaumes imaginaires qui suggèrent, plutôt qu’ils ne décrivent, des états paradoxaux. Si mes images naissent de choix personnels, elles visent à évoquer des expériences universelles. Mon processus de travail évolue selon les besoins de l’œuvre. Ruth Thorne-Thomsen
Née en 1943 à New York, Ruth Thorne-Thomsen grandit à Berkeley, en Californie, jusqu’à l’âge de douze ans, quand cette famille de cinq enfants s’installe à Lake Forest, dans l’Illinois. Elle étudie la danse de 1961 à 1963 au Columbia College, dans le Missouri, puis poursuit de 1966 à 1970 un B.F.A. en peinture à la Southern Illinois University de Carbondale. Elle obtient ensuite un second B.F.A. en photographie au Columbia College Chicago, puis un M.F.A. à la School of the Art Institute of Chicago en 1976. Elle enseigne au Columbia College Chicago de 1977 à 1983, puis plus tard à l’University du Colorado à Denver.
L’intérêt de Thorne-Thomsen pour la photographie lui vient de sa mère et de sa grand-mère, toutes deux photographes amateurs. Cependant, c’est après la mort tragique de son jeune frère, Carl, tué alors qu’il servait dans l’armée au Vietnam en 1967, qu’elle s’engage plus profondément dans le médium. Elle tira à plusieurs reprises des négatifs sur lesquels il apparaissait et apprit pendant cette période de deuil. Plus tard, au début des années 1970, elle emporta un appareil photo avec elle lors d’un été passé en Alaska et ressentit une affinité avec la photographie d’exploration. Elle reçut son premier appareil sténopé d’un ami à l’école supérieure et commença ensuite à expérimenter en créant des dioramas dans le sable, qu’elle photographiait avec des négatifs papier. Bien qu’elle soit ensuite passée à un appareil Graflex et à des négatifs 4×5, elle créa une ouverture similaire de type sténopé pour son objectif afin de préserver la transition homogène entre ses constructions photographiques et les paysages dans lesquels elles étaient placées.
Thorne-Thomsen était cultivée et s’intéressait très jeune à la mythologie et aux rêves sous l’influence de sa grand-mère. Elle travailla même brièvement avec une analyste jungienne en 1982 afin d’intégrer plus finement le symbolisme à son œuvre. Son usage constant de la tête comme métaphore visuelle suggère une exploration de la psyché individuelle. En recourant à une iconographie, des motifs et des symboles familiers, elle laisse entendre qu’il existe des vérités inscrites dans l’humanité depuis les temps les plus anciens, et que nous faisons ainsi partie d’une existence collective.
Cette exposition présente une sélection d’œuvres issues de plusieurs séries :
Expeditions (1976-1984) fait allusion aux photographies de l’Égypte du XIXe siècle et retrouve le sentiment d’émerveillement suscité par la vision des ruines monumentales des premières civilisations. Thorne-Thomsen a retravaillé une grande partie de ce travail pour obtenir un aspect similaire à celui des tirages au sel et les tirages albuminés de cette période.
Door (1981-83) s’engage dans le symbolisme de l’eau et des rochers, et beaucoup de ces œuvres ont été réalisées dans le comté de Door, dans le Wisconsin, où sa famille possédait une maison. Après son voyage de 1983 dans les îles grecques, ce symbolisme s’est poursuivi dans son travail.
Views from the Shoreline (1986-1987) renvoie aux portraits de profil florentins du XVe siècle de Piero della Francesca et à sa compression de l’espace entre le portrait et le paysage situé derrière. Mais Thorne-Thomsen utilise cette construction familière pour créer des images qui évoquent un paysage surréaliste de l’inconscient juxtaposé à la terre, non pas la terre possédée par la figure, mais plutôt un symbole de la terre et du continuum du temps.
Songs of the Sea (1991-1993) a été réalisé dans le Wisconsin mais fait allusion à la mythologie grecque, prolongeant son intérêt pour la nature et le symbolisme de l’eau. Comme la mythologie elle-même, ces œuvres relèvent à la fois du récit et de l’exploration psychologique.
Proverbs (1997) pousse Songs of the Sea un peu plus loin, en ajoutant des titres provocateurs à des images de figures classiques disposées dans une attitude performative ou théâtrale.
Dot People (2000) représente des figures qui semblent constituées de roches tissées ensemble, presque comme une constellation. Elles développent une idée issue d’une œuvre précoce de Door intitulée Dot-Lady ainsi que des éléments de Prima Materia (1985-87), la matière première, qui, en lien avec le concept de Gaïa, promeut l’unité entre l’humanité et la nature.
Ruth Thorne-Thomsen est décédée le 27 octobre 2025, à l’âge de 82 ans. Elle était mariée au photographe Ray Metzker (1931-2014), qu’elle avait rencontré alors qu’elle enseignait à Chicago à la fin des années 1970, ils vivaient à Philadelphie. Bien que son travail figure dans des collections muséales, notamment au Metropolitan Museum of Art, au Whitney Museum of Art et au Centre Pompidou, et qu’elle ait exposé avec des galeries importantes, son œuvre mérite une plus grande reconnaissance. Gitterman Gallery travaille avec Daniel Cooney Fine Art, à Santa Fe, pour représenter les archives Ruth Thorne-Thomsen.
Ruth Thorne-Thomsen
Jusqu’au 6 juin 2026
Gitterman Gallery
3 East 66th Street, 1B
New York, NY 10065
www.gittermangallery.com














