Pour commémorer le cinquantième anniversaire de la guerre civile libanaise qui a commencé le 13 avril 1975, Rania Matar présente à la Galerie Tanit de Beyrouth une exposition intitulée Where Do I Go, 50 years later. Elle écrit :
2025 marque le 50e anniversaire du début de la guerre civile libanaise. À l’approche de cette date symbolique, le Liban en subit encore les conséquences. Ces cinq dernières années, la situation s’est rapidement détériorée, notamment après les explosions du 4 août 2020 dans le port de Beyrouth et les conséquences qui ont suivi.
Cependant, et malgré tout, j’ai toujours trouvé espoir et inspiration auprès des femmes. J’ai déjà consacré mon travail à l’exploration des questions d’identité personnelle et collective à travers des photographies d’adolescentes et de femmes, tant aux États-Unis où je vis qu’au Liban d’où je suis originaire, afin de mettre en lumière notre humanité commune. Dans ce corpus, j’ai choisi de collaborer spécifiquement avec des femmes libanaises. Le travail est devenu plus personnel. Je me retrouve dans ces femmes plus jeune. J’avais vingt ans lorsque j’ai quitté le Liban en 1984, pendant la guerre civile, pour aller étudier aux États-Unis, dans ce qui avait été la plus grande vague d’émigration jusqu’à récemment. Nombreux sont ceux qui se trouvent dans cette situation difficile, confrontés à la douloureuse décision de rester ou de partir : l’une mène à la séparation de leur famille, de leur foyer et de la vie telle qu’ils la connaissent, l’autre à rester malgré les conditions difficiles du pays, en gardant toujours l’espoir de jours meilleurs.
J’ai vu un graffiti sur le mur qui disait en arabe : « Où vais-je ? » لوين روح. J’étais avec Perla, une jeune femme qui s’est jetée sur ce mur. C’est devenu le titre de cette œuvre.
Le projet a évolué au fil des années, invitant davantage de femmes à raconter leur histoire grâce à notre collaboration. Ensemble, nous avons exploré leur relation aux différentes facettes et textures du Liban. Chaque photographie est personnelle et porte un récit. Les femmes, la terre et l’architecture sont étroitement liées. Je dépeins la beauté brute de leur âge, leur individualité, leur physique, leur texture et leur mystère. Je les photographie telles que je les vois, en tant que femme et mère : belles, vivantes. Le processus est collaboratif et la séance photo évolue naturellement, les femmes devenant des participantes actives à la création d’images, régnant sur l’environnement et se l’appropriant. Elles grimpent sur des rochers et des arbres, sautent habillées dans l’eau sale et les cascades, rampent sous les épines, pénètrent dans des bâtiments abandonnés, profitant de la vie sans craindre de se salir, prenant des risques et s’amusant. Si on leur donne l’espace nécessaire pour s’exprimer, elles sont prêtes à expérimenter et à explorer des lieux qu’aucune de nous n’aurait crus possibles quelques instants auparavant. Tout comme vivre au Liban, nous apprécions la prise de risque et le danger. Cela fait partie de nous. C’est dans notre ADN.
Je me concentre sur leur force et leur présence majestueuse.
Cette collaboration est intense, créative, émotionnelle et personnelle. Le besoin de s’accrocher à la créativité et à l’expression de soi est pressant.
Si mes photographies n’apportent pas de solutions, j’espère néanmoins qu’elles invitent le spectateur à s’arrêter et à trouver la beauté, l’humanité (partagée) et la grâce qui subsistent malgré tout. Ce sont mes lettres d’amour aux femmes du Liban. Ce projet s’adresse à nous toutes : celles qui sont restées et celles qui sont parties, mais ne l’ont jamais quitté.
Rania Matar
Les deux dernières photos de Barbie Girl sont également incluses dans l’exposition. Il s’agit de la même jeune femme photographiée a 18 ans d’écart: après la guerre de 2006 (elle avait 1 an) lorsque la maison de sa tante a été détruite, puis à nouveau en 2024 (je l’ai retrouvée par accident sur Instagram). Elle a maintenant 19 ans et la maison de sa tante a de nouveau été détruite !
Rania Matar
Rania Matar : Where Do I Go? Fifty Years Later
10 avril – 22 mai 2025
Vernissage : 10 avril, 18h — 21h
Galerie Tanit, Beyrouth
East Village, Beyrouth, Liban
https://www.galerietanit.com/exhibitions/where-do-i-go-50-years-later-rania-matar/














