La Galerie Françoise Livinec consacre une exposition à l’œuvre photographique de Matthieu Ricard à l’occasion de la sortie de son livre Lumière, aux Éditions Allary. Soixante photographies, parmi lesquelles des clichés inédits, retraceront plus d’un demi-siècle de vie méditative. Matthieu Ricard écrit :
Depuis soixante ans, mon parcours photographique est une quête de lumière. Les images : elles s’imposent d’elles-mêmes, dans l’évidence d’un instant où le lieu, les êtres et la lumière s’accordent. Pour moi, la photographie est un hommage rendu à la beauté des êtres et du monde, une manière de partager émerveillement et de redonner confiance en notre humanité commune, en rappelant notre lien intime avec la nature et les êtres sensibles.
Enfant, déjà fasciné par la lumière, je m’amusais à capter ses reflets. Mon premier appareil, reçu à douze ans, me donna le goût de chercher ombres et contrastes. À quinze ans, grâce à André Fatras, je découvris la photographie animalière et la nature devint mon terrain d’exploration. Bientôt, certaines de mes images furent publiées. Puis vinrent mes voyages en Himalaya, en Inde, au Népal, au Bhoutan, et mes vingt et une visites au Tibet. La photographie y devint un exercice d’attention et de patience : avec quelques pellicules Kodachrome pour une année, chaque déclenchement devait être justifié. L’arrivée du numérique, en 2000, fut une libération : je pus enfin expérimenter librement pour mieux capter ces instants uniques.
Photographier, c’est accueillir la lumière dans toutes ses métamorphoses. Elle se révèle dans un sourire, dans le reflet d’un sommet, dans la silhouette d’un cavalier perdu dans l’immensité. Les altitudes élevées, où les couleurs se densifient, furent pour moi des lieux privilégiés. L’immense source d’inspiration offerte par mes maître spirituels, les paysages grandioses, habités depuis des siècles par la ferveur spirituelle, m’ont offert les des instants les plus précieux et intenses de ma vie. Mais j’aime aussi saisir un détail minuscule : l’écorce d’un arbre, des jeux fractals de mousse ou de sable, reflets à l’infini de l’infiniment grand dans l’infiniment petit. Cette recherche s’accorde avec ma pratique méditative : contempler une fleur ou une montagne, c’est toujours ouvrir l’esprit à l’infini.
La photographie rejoint ici le bouddhisme, qui conçoit la nature ultime de l’esprit comme l’union de la luminosité de la connaissance et de la vacuité d’existence propre. Les textes parlent des « trois corps » de l’Éveil : le dharmakaya, pureté absolue ; le sambhogakaya, lumière déployée en cinq couleurs, cinq sagesses ; et le nirmanakaya, compassion agissante. Les couleurs du spectre, comme les cinq familles de bouddhas, sont des expressions de cette lumonisité fondamentale. Ainsi, chaque éclat de lumière dans le monde est aussi un rappel de notre nature profonde.
Les portraits, eux, sont une quête de lumière intérieure. J’ai privilégié les visages des personnes dont je partageais le quotidien, au Tibet ou au Bhoutan, et, plus encore, ceux de mes maîtres spirituels. Avec eux, chaque photo exige respect et discrétion, car il est parfois plus juste de rester simplement en présence de leur sagesse. Mais le désir de témoigner de ces instants uniques m’a poussé à capter ces regards. Un portrait réussi dévoile non seulement une apparence, mais aussi cet éclat secret qui réside au fond de chacun.
La photographie, comme la méditation, nous rappelle l’impermanence : tout passe, tout se transforme. Photographier, c’est tenter de distiller l’essence d’un moment voué à disparaître. Ce n’est pas figer le temps, mais offrir une trace lumineuse. À travers ces images, j’essaie de transmettre non seulement des visions de paysages ou de visages, mais une expérience : celle d’une communion avec la lumière, celle qui nous traverse et celle vers laquelle nous allons. Comme ma mère le disait à la fin de sa vie : « Nous ne redevenons pas poussière, nous redevenons lumière. »
Matthieu Ricard
L’artiste reversera le profit des ventes de ses photographiques à son association humanitaire Karuna-Shechen.
Exposition
Du 10 octobre au 15 novembre 2025
Vernissage le 9 octobre à partir de 18h
Galerie Françoise Livinec
24, rue de Penthièvre – Paris 8e
www.francoiselivinec.com
Livre
Allary Éditions
www.allary-editions.fr














