Étonnante cette exposition intitulée : « Inheriting Dreams », réalisée par Max Saula et présentée dans la galerie de son père, Galeria Alta. C’est Christian Caujolle qui en a écrit le texte.
« Mon père collectionnait des photos bien avant ma naissance, et dès mon plus jeune âge, mes parents m’emmenaient visiter des expositions, des galeries et des foires. Pour moi, contrairement à beaucoup de mes amis, les photos accrochées aux murs faisaient partie du quotidien ; j’ai grandi entouré d’images. » À seulement dix-neuf ans, Max Saula parle de sa relation avec la photographie avec modestie (« J’ai beaucoup à apprendre »), enthousiasme sincère (« Il y a des photos qui m’ont immédiatement attiré et que je chéris encore profondément ») et une détermination tranquille. Alors qu’il s’apprête à installer sa première exposition dans la galerie familiale, fondée en 2021, Max aborde cette opportunité avec pragmatisme et humilité. Il n’analyse pas son rôle à outrance ; il ne se pose ni en galeriste chevronné ni en commissaire d’exposition novice, même si, par certains aspects, il est un peu des deux. Par-dessus tout, il éprouve une profonde gratitude envers ses parents et la confiance qu’ils lui témoignent. Mais ce qui le motive véritablement, c’est un besoin sincère d’authenticité. Il aborde son travail en amateur au sens strict, en admirateur passionné de l’art et a choisi de n’exposer que des photographies pour lesquelles il éprouve une affection sincère. Max est également pleinement conscient que le rapport à l’image évolue avec le temps, un constat qu’il a lui-même vécu : « Certaines photographies que je voulais immédiatement ont parfois perdu un peu de leur charme, tandis que d’autres des photographies que je n’avais peut-être pas comprises ou appréciées au départ sont devenues essentielles pour moi. On apprend à regarder, à vraiment voir. Mon père m’a beaucoup appris. » Naturellement, Max a sélectionné des photographies qui lui sont familières, qui lui sont chères et qu’il souhaite partager. Le résultat est un mélange éclectique principalement noir et blanc, avec de subtiles touches de couleur – dominé par des photographes américains du XXᵉ siècle, avec quelques œuvres qui s’inscrivent dans la modernité. La collection ne défend aucun style ni aucune « école » en particulier. Si quelques images explorent le mouvement ou l’abstraction, l’humanité est toujours au cœur de l’œuvre. Des portraits aux scènes de rue, des documentaires classiques aux signatures indéniables aux images révélant les traces laissées par l’homme dans son environnement, l’impression générale est celle d’un classicisme, agrémenté de surprises agréables et même d’une pointe d’humour. L’ensemble de la sélection respire le plaisir de choisir librement, sans se laisser entraver par les modes ou les tendances.
Être galeriste est une vocation unique : servir d’intermédiaire et de facilitateur entre une œuvre d’art et son public. Le premier devoir est de défendre les artistes, ce qui implique parfois de vendre des œuvres que le galeriste souhaiterait conserver. Trop de gens, malheureusement, ne voient que l’aspect commercial. Mais il y a bien plus : au cœur du processus se trouve l’échange. Un objet s’échange contre de l’argent, certes, mais c’est aussi un échange de points de vue, d’émotions et d’idées. Le galeriste ne se contente pas de vendre, il transmet. Au cœur de cette initiative remarquable, rendue possible grâce aux encouragements de ses parents, Max partage avec d’autres les photographies qu’il chérit. Ce faisant, il devient aussi le représentant d’une nouvelle génération plus jeune : une génération habituée à visionner des images, surtout en mouvement, sur tous types d’écrans, grands et petits, plutôt qu’à étudier les tirages et à en apprécier les subtilités. Comment initier cette génération à la profondeur de la photographie, des images travaillées avec soin, devant lesquelles Max Saula « imagine la présence du photographe, tente de deviner ses intentions et de comprendre ce qui l’a poussé à déclencher, à composer la prise de vue » ? Probablement en invitant le spectateur à ralentir, à s’attarder devant les photographies, à regarder au-delà du superficiel. Pour y parvenir, il faut probablement un mélange de surprise et d’émotion, une composition précise et des touches de rêverie ou de fantaisie autant d’éléments qui peuvent éveiller la curiosité et, progressivement, façonner la perception des images. Apprendre à regarder, vraiment regarder est toujours essentiel ; à partir de là, chacun décidera ce qui lui parle le plus.
Christian Caujolle
Artists
Berenice Abbott – Bruce Davidson – Harold Edgerton – Louis Faurer – Frank Horvat – William Klein – Jessica Lange – Saul Leiter – Vivian Maier – Dolorès Marat – Ramón Masats – Ryan McGinley – Steven Meisel – Ray K. Metzker – Joel Meyerowitz – Gjon Mili – Sarah Moon – Marvin E. Newman – Dorothy Norman – Ruth Orkin – Pancho Saula – Louis Stettner – Larry Towell – Bruce Weber – Weegee – William Wegman – Clark Winter – Txema Yeste
« Inheriting Dreams »
Organisé par Max Saula
Essai de Christian Caujolle
11 septembre – 7 novembre 2025
Galeria Alta
Camí de les Majobarnes 6
AD400 Anyos – Andorre
www.galeriaalta.com
@galeriaalta
Sur rendez-vous seulement














