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Fermeture de la galerie Un livre – une image

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En 2006, Emmanuelle Fructus créait sa galerie : Un livre – une image.
Aujourd’hui, elle annonce sa fermeture en ces termes :

Historienne, iconographe et artiste, j’ai créé en 2006 la galerie Un livre – une image. À cette époque, c’était pour moi un acte de liberté et d’indépendance qui me permettait d’inventer mon outil de travail par la diffusion de livres d’artistes et des images en allant chiner sur les marchés parisiens, essentiellement. Aujourd’hui, l’heure est venue pour moi de quitter le marché de la photographie ancienne tout en le pérennisant : Un livre – une image devient Collection Un livre – une image.

Mes remerciements vont vers toutes les personnes — artistes, collectionneurs, historiens et amateurs d’images — que j’ai eu le plaisir de côtoyer. Nos échanges fructueux, leur regard, leur confiance, leur amitié ont largement participé à la constitution de ma collection. Je leur en suis très reconnaissante. C’est en partie grâce à eux que, quotidiennement, pendant tant d’années, j’ai consulté autant d’images. Si je n’ai jamais prémédité cet acte  il y a même un an, jamais ne me serait venue l’idée de cesser cette activité de marchande de photographies  c’est pourtant un acte réfléchi et délibéré.

Au début des années 2000, les premiers ouvrages consacrés aux livres de photographies paraissaient. Ce marché connut alors une relative envolée. Témoin de ces mécanismes spéculatifs, mon désir d’échange autour des livres s’est vite effiloché. J’ai pensé que ma place était sans doute plus du côté des images anonymes dont la commercialisation était encore réduite en France.

La photographie anonyme n’était alors qu’un marché de niche. Certains grands galeristes, convaincus que nous n’avions rien compris à la photographie, ne saisissaient pas les enjeux de la photographie amateur et anonyme dont les prix et l’intérêt artistique leur semblaient trop faibles, sans enjeux véritable.

J’ai toujours envisagé Un livre – une image comme une zone libre de connaissances, un segment ouvert sur l’histoire de la photographie amateur et anonyme, un point de rencontre humain. J’ai tenté de rassembler des objets matériels afin de dresser des inventaires autour des différentes pratiques photographiques amateures et professionnelles en faisant l’acquisition d’images produites entre 1880 et 1980. Je mesure à la fois la richesse et la fragilité de ma collection qui illustre et rend hommage à l’intérêt porté aux archives photographiques privées par les artistes et les historiens depuis les années 1970. Je reste profondément amoureuse de ces photographies. Les consulter quotidiennement, les toucher, les classer et les archiver m’a permis de prendre la mesure de leur puissance sensible, artistique, anthropologique, sociologique et historique.

Être marchande de photographies a été pour moi synonyme de privilège, car pendant plus de vingt ans, j‘ai pu découvrir une immense variété de documents. Je me suis toujours considérée comme une iconographe et une passeuse d’images. Ma formation d’historienne de la photographie m’a aidée à penser l’articulation de mon fonds. Mon regard s’est aiguisé avec le temps et mon unique patrimoine restera mon classement et ma bibliothèque intérieure.

Aujourd’hui, le devenir et l’usage de ces images font face à de nouveaux enjeux. Je préfère me retirer de ce marché ne parvenant plus à trouver autant de plaisir face à la circulation de ces images. Ce geste est radical et politique. Comme d’autres, j’ai souhaité accompagner cette photographie vers la reconnaissance institutionnelle. Sécuriser ce fonds documentaire m’est apparu comme une nécessité vitale face aux enjeux commerciaux et éthiques qui se jouent aujourd’hui dans le champ de l’art contemporain.

J’ai toujours été fascinée par Man Ray, ses photogrammes, son idée de photographie à l’envers. Je préfère donc me défaire du fonds Un livre – une image qui représente un peu plus de 30 000 photographies, résultat de vingt ans d’acquisitions et de recherches, me mettre à “l’envers” de l’engouement pour ces images et déplacer les questions liées à l’archive du côté de mon travail personnel.

Une rencontre change parfois l’existence. Hélène Mignaval, entrée par hasard il y a plus de dix ans dans ma petite galerie située au 17, rue Alexandre Dumas à Paris, est devenue une amoureuse de ces petites images trouvées. Souhaitant soutenir mon travail, elle va acquérir le fonds Un livre – une image dans l’optique d’un don à venir.

La Collection Un livre – une image rejoint prochainement une institution française au lieu d’être mise aux enchères, ce qui me permet d’échapper à la spéculation, de sauvegarder le contenu et le sens de ce fonds photographique. En revanche, je conserve la collection dédiée aux photographes ambulants sur laquelle je travaille depuis une quinzaine d’années, et dont un chapitre vient d’être très récemment exposé avec le concours de Bertrand Tillier et Anne Delrez à La Conserverie, lieu d’archives à Metz.

Vous pouvez consulter à ce sujet un article qui vient de paraître dans le numéro 8 de la revue Photographica dirigée par Éléonore Challine et Paul-Louis Roubert. Sa rédaction fait suite à la journée d’étude organisée par Michel Poivert et Eve Cohen “Archives et création contemporaine” à l’INHA en octobre 2023.

Emmanuelle Fructus

 

Revue Photographica
http://www.editionsdelasorbonne.fr/revues/photographica/
https://journals.openedition.org/photographica/

La Conserverie, un lieu d’archives
https://laconserverieunlieudarchives.fr/category/expositions

Le Collège International de Photographie du Grand Paris
https://www.photographie-grand-paris.fr

Emmanuelle Fructus
https://cargocollective.com/emmanuellefructus

Un livre – une image
https://unlivre-uneimage.com/accueil

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