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Aurélien David

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BeLeaf

Aurélien David dévoile le « moi » végétal de ses contemporains en posant sur eux son regard animiste. Grâce au soleil et à la chlorophylle, leurs visages ont pour singularité d’être révélés de façon naturelle, directement sur des feuilles d’arbres, pour devenir les masques du rituel photographique BeLeaf. Après avoir réalisé un « masque végétal », Aurélien David commande à son laboratoire photo un tirage couleur du portrait entier, cadré des hanches à la tête. En posant le masque sur le papier photographique, il joue à l’illusionniste. Il fait en sorte que les traits du visage coïncident avec ceux du corps, pour produire un effet d’hybridation. Il porte aussi attention à l’équilibre des formes. Le végétal doit être ni trop grand ni trop petit. La combinaison de ces choix amène le regardeur à un certain type de lecture et à faire ce qu’il appelle un « effort anthropomorphiste », à chercher l’Humain dans le Végétal. Une invitation à repenser nos liens avec la Nature.

Aude Viridanel

 

Depuis toujours, les portraits veulent transmettre à la postérité les traits, les émotions, le statut, la singularité de la personne représentée, que ce soit en peinture, en sculpture, en dessin ou en photographie. Portraits de l’être aimé, portraits du pouvoir, des marges, de l’ordinaire, de l’exotisme, autoportraits, tous participent à cette immense galerie d’hommes et de femmes qui nous entourent, nous regardent et nous inspirent. Et les portraits photographiques d’Aurélien David s’inscrivent dans cette lignée : ils nous présentent des gens simples, pêcheurs, paysans, jardiniers, rencontrés au cours de ses pérégrinations sur son voilier Heoliañ (du breton «insoler»). Des hommes pour la plupart, photographiés frontalement, neutralement, sans artifice, comme des portraits anthropologiques. Mais la plupart des visages apparaissent sur une feuille de bananier : l’image a été faite en utilisant les propriétés photosensibles de la chlorophylle (en mémoire des anthotypes floraux de Herschel). La plante choisie fait écho au personnage représenté, métaphoriquement et directement. Il y a ainsi une double indexialité, celle, classique, de l’image-photographie comme index du sujet représenté, et celle, plus rare, de la matière- photographie comme index du monde physique. Au temps des selfies et de l’amoncellement d’images, ces rares alchimies végétales nous relient à la nature. Et surtout ces visages aujourd’hui quelque peu fantomatiques et évanescents vont devenir des fantômes, ces images vont pâlir et disparaître avec le temps, sous l’effet de la dégradation chimique naturelle et de la lumière : regarder l’image, c’est la tuer. Alors que, depuis son invention, la chimie photographique tend à pérenniser l’image, alors qu’un portrait doit être éternel, Aurélien David, à contre-courant, nous offre une photographie précaire, sinon fugace, en tout cas mortelle, une photographie contemplative, de passage qui, à sa manière, est un memento mori.

Marc Lenot

http://www.aureliendavidphoto.com

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