Rechercher un article

Arles 2025 : Kikuji Kawada, Endless Map : Invisible

Preview

Endless Map – Invisible est la première exposition majeure en France, du photographe Kikuji Kawada, cofondateur de l’agence VIVO Collective et figure de la photographie japonaise d’après-guerre.

Conçue par la commissaire Sayaka Takahashi de la galerie PGI à Tokyo qui représente l’artiste, cette exposition est le prolongement de l’exposition présentée lors de l’édition 2024 du festival International de Photographie KYOTOGRAPHIE.

En cette année marquant le 80e anniversaire du bombardement atomique d’ Hiroshima et de Nagasaki, l’exposition Endless Map – Invisible réunit pour la première fois les photographies de quatre des séries emblématiques de Kawada.

Elle retrace six décennies de l’histoire japonaise à travers le regard sans concession du photographe, où strates temporelles et mémorielles s’entrelacent pour former un théâtre du monde.

“Ce sont des images traversées par des rêveries. Je n’avais pas prévu qu’elles formeraient un ensemble, mais en se superposant, elles ont fait naître des métaphores propres à la photographie.” Kikuji Kawada (2025)

The Map (1959 – 1965) et Endless Map (2021)
Publié en 1965, Chizu (The Map) a bouleversé l’histoire de la photographie, dont il est considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre. Ce travail est une réflexion visuelle saisissante sur le traumatisme collectif qu’ont constitué les événements de Hiroshima et Nagasaki et les vingt ans de reconstruction qui ont suivi la guerre. Dans une séquence d’images obscures, texturées et souvent abstraites, les ruines du Dôme de Genbaku (seul bâtiment à être resté debout près du lieu où explosa la première bombe atomique) se mêlent à des images d’objets symbolisant la croissance économique ainsi qu’à des visions plus subjectives.

Riche en métaphores politiques et en expérimentations narratives sur la mémoire de la défaite du Japon, cette publication conçue comme une œuvre d’art totale a redéfini la forme du livre photographique en fusionnant image, graphisme et narration poétique d’une manière radicale et non linéaire. En collaborant avec le designer Kohei Sugiura, Kawada fait du livre non pas un simple support d’images, mais une architecture sensorielle où chaque élément — typographie, séquence, mise en page — participe à une lecture dense, fragmentée, presque labyrinthique.

Décrit par Martin Parr comme “le Saint Graal du livre photographique japonais”, The Map est devenu un modèle de livre photographique en tant qu’œuvre autonome, où la forme fait corps avec le contenu. Par son audace formelle et son pouvoir évocateur, ce livre a profondément influencé les générations suivantes et demeure une référence incontournable dans l’histoire de l’édition photographique, au même titre que les publications de Robert Frank ou William Klein. Du reste, son exploration du potentiel expressif et subjectif de la photographie ainsi que son usage de l’allusion comme mode d’expression du réel marquent une véritable rupture avec la photographie documentaire traditionnelle de l’époque.

Suivant son habitude de toujours renouveler son regard et revisiter son œuvre, Kikuji Kawada est revenu à The Map pendant la pandémie de Covid-19. Issues d’expérimentations avec de nouvelles techniques et supports, les images qui en résultent, réunies sous le titre de The Endless Map, sont présentées dans l’espace d’exposition de VAGUE en dialogue avec les tirages originaux.

The Last Cosmology (1995)
Pendant les décennies marquant la transition du Japon de l’ère Shōwa vers
la fin du millénaire, Kikuji Kawada poursuit une œuvre singulière, toujours marquée par une tension entre l’histoire et l’invisible, entre les signes du passé et les mystères du cosmos. Sa série The Last Cosmology (1995) explore le ciel comme théâtre du destin et du désastre. Réalisées principalement dans les années 1980 et 1990, ces images donnent à voir éclipses, nuages et phénomènes atmosphériques mystérieux comme autant de métaphores d’un monde en transition, hanté par les angoisses de la guerre froide et les bouleversements sociaux du Japon contemporain. Kawada y déploie une photographie crépusculaire et visionnaire, à la frontière de la science et du pressentiment.

Los Caprichos (1972 – Aujourd’hui)
Los Caprichos est inspirée d’une série de gravures du même nom réalisée par le peintre espagnol Francisco de Goya. Produite pendant la période
de croissance économique du Japon, ces photographies interrogent l’enfermement et l’architecture mentale à travers des images de structures labyrinthiques, de couloirs, de grilles, de prisons symboliques — des espaces où le visible se dissout dans la géométrie de l’angoisse et du souvenir. Le recours à la juxtaposition, au rythme visuel, et à la suggestion plutôt qu’à
la description directe, y est central. Los Caprichos a d’abord été publiée en 1972 dans Camera Mainichi, puis exposée en 1986 à la galerie PGI, et réunie en 1998 dans le livre Théâtre du monde avec Los Caprichos, La Dernière Cosmologie et Car Maniac. C’est sur le long terme qu’elle a pris la forme d’une œuvre à part entière.

Vortex (2022)
Publié en tant que livre en 2022 et présenté à KYOTOGRAPHIE 2024 sous la forme d’une installation vidéo, Vortex réunit des images issues du large corpus d’œuvres que le photographe publie régulièrement sur son compte Instagram. Avec ces clichés, Kawada poursuit sa plongée dans l’abstraction et le vertige du chaos urbain, fil rouge de sa pratique depuis The Map, par lequel il exprime son regard sensible et incisif sur son époque. Les images de tourbillons, vortex et matières en rotation traduisent une forme d’effondrement intérieur et d’exploration cosmique. Le regard ne se fixe nulle part : il est aspiré. Kawada y approfondit encore une esthétique du fragment, du trouble, de la trace, faisant de la photographie un instrument de pensée face à l’instabilité du monde.

 

Kikuji Kawada, Endless Map – Invisible
Co-production Kyotographie & Sigma
Vague, Arles
7 juillet – 5 octobre 2025

Kikuji Kawada

Merci de vous connecter ou de créer un compte pour lire la suite et accéder aux autres photos.

Installer notre WebApp sur iPhone
Installer notre WebApp sur Android