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Aperture & Norton Museum of Art : Anastasia Samoylova : Atlantic Coast

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US Route 1 s’étend sur environ 3300 kms, du début à la fin. De Key West (Floride) à Fort Kent (Maine), à la frontière canadienne, c’est la plus longue route nord-sud des États‑Unis. Autrement dit, si vous souhaitez parcourir la côte Est des États‑Unis d’un bout à l’autre, Route 1 est votre itinéraire. Durant l’été 1954, la photographe américaine Bernice Abbott est partie avec deux amis pour documenter l’époque, et les changements du pays. Lors de ce voyage du Maine à la Floride, la photographe a réalisé plus de 2 400 négatifs. À propos de ce travail, Abbott déclarait : « En termes généraux, le travail que j’ai accompli ici relève vraiment de la scène américaine, que je pense important de photographier, parce que les États‑Unis sont un pays en pleine mutation et encore jeune. La photographie ne peut représenter que le présent. Une fois photographié, le sujet appartient au passé. »

Soixante-dix ans plus tard, la photographe renommée Anastasia Samoylova a refait le voyage d’Abbott en sens inverse  de la Floride au Maine. Commencée dans son État natal, la Floride, et achevée dans le Maine, la série de Samoylova retrace l’impact durable de la Route 1 aujourd’hui. Dans Atlantic Coast (la côte Atlantique), la photographe revisite les communautés transformées par l’interstate. C’est un témoignage de la façon dont les infrastructures continuent de façonner le paysage américain. En portant un second regard sur le territoire jadis documenté par Abbott, Samoylova propose une observation plus rapprochée d’une Amérique durablement transformée par l’expansion inexorable de l’industrie, du commerce et de l’aménagement. Elle y saisit aussi la ténacité et le déplacement malheureux des personnes et de la faune. Ici, elle interroge ce que signifie être Américain aujourd’hui, en sondant les mythes de la liberté, du mouvement et de l’appartenance, inscrits dans l’idée de la route ouverte.

Samoylova n’en est pas à ses premières explorations des paysages en mutation. Son exposition personnelle au Metropolitan Museum of Art, Floridas, offre un portrait kaléidoscopique, quelque peu contradictoire, de l’identité culturelle et politique stratifiée de l’État. Dans Image Cities (2023), elle a étudié l’impact de la saturation médiatique sur le paysage urbain. Son récent livre établit des parallèles avec The Americans de Robert Frank, qui a défini un nouveau langage visuel de critique culturelle. Atlantic Coast prolonge la représentation visuelle qu’avait Frank d’un pays fragmenté par la crise environnementale, la nostalgie politique et un développement sans frein des thèmes abordés par de nombreux artistes aujourd’hui.

Le livre, coédité par Aperture et le Norton Museum of Art, mêle images en noir et blanc et en couleurs. Des images oniriques se combinent à des photographies de la vie quotidienne, d’inspiration photojournalistique. C’est à la fois Americana et art. Les images stratifiées de Samoylova captent la tension entre les vestiges de l’optimisme du milieu du XXe siècle et un sentiment plus profond de dislocation sociale et écologique. L’artiste vous entraîne dans un voyage à travers rues, paysages, villes et commerces, au fil du parcours, tandis qu’elle saisit une Côte Atlantique en perpétuelle transformation, pleine de caractère, de rudesse et de passion. La sortie du livre coïncide avec son exposition personnelle au Norton Museum of Art à West Palm Beach (Floride), dont l’ouverture était le 15 novembre.

Elizabeth Hazard

 

Anastasia Samoylova: Atlantic Coast est coédité par Aperture et le Norton Museum of Art, et est disponible sur aperture.org/books.

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