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Alfred Latour, l’amant des bords

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En photographe amoureux de l’enveloppe des choses, Alfred Latour s’est imposé dans les années 1930-50. Entre bords de Seine et bords de mer, une exposition donne à voir son oeuvre au musée Réattu d’Arles.

Des badauds photographiés de dos sont en train de se pencher, le nez vers la Seine, appuyés contre un muret de pierre. Nous sommes à Paris dans les années 1930 et Alfred Latour flâne sur les quais à la recherche de motifs intriguant. Aussi prend-t-il le marchés des oiseaux à quelques pas de là où surgissent des visages de parisiens derrière des cages où s’éparpillent des volatils.

Alfred Latour se promène sur le bord des choses, en photographe accompli. Ici, il saisit une carafe abandonné sur la table d’une terrasse de café. Là, ainsi que le faisait Eugène Atget au tout début du XXème siècle, il prend en photographie des mannequins derrière des vitrines de magasins ou encore des gants qui attendent d’être portés par des mains.

Vacanciers

Alfred Latour aime le contour des choses. Il s’en empare pour donner une matière réflexive à ses photographies. Dans les années 1930, il se rend sur les bords de mer. Il immortalise les heureux bénéficiaires des congés payés, nouveauté française peu de temps avant la guerre. Ce sont des vacanciers tranquilles assis sur le sable chaud d’une plage. Ils regardent la mer et Alfred Latour nous restitue cette atmosphère lénifiante à l’aube de la Seconde Guerre mondiale où le temps paraît étrangement suspendu, où le monde semble dormir en paix.

Oliviers

De ces paysages peuplés, le photographe s’éloigne peu à peu. Il prend aussi la mer, telle qu’elle est, sans autre trace que celles des embruns laissés par les vagues ou les oiseaux marins qui survolent la houle. Surtout, il se promène à Eygalières, dans les Bouches-du-Rhône, au sud de la France. Là, il s’adonne à sa passion des bords : il photographie ce qui bordent les maisons. D’abord des oliviers. Il attrape les formes oblongues des arbres qui s’entortillent vers le ciel, il rend dans le dédale des branches un hommage à l’âme des végétaux. Telle est aussi sa série qu’il fait sur les ombres des feuilles ou encore, ces gros plans qu’il réalise des murs des maisons et des portes.

Autoportrait

Au musée Réattu d’Arles, l’exposition rend un bel hommage à l’artiste. Une vidéo permet de se faire une idée du parcours d’Alfred Latour quand, dans la dernière salle, une série de ses toiles sont présentées au public. Car c’est ce qui fait aussi l’originalité de Latour : il était également peintre. Chercheur de lumière, explorateur des formes, aventurier des surfaces, il est un artiste tout à fait remarquable. Dans l’exposition un cliché constitue un bel autoportrait qui pourrait convenir pour tout photographe : un chapeau blanc, un appareil photo rangé dans une petite pochette en cuir, le tout abandonné sur la terrasse d’un café sous un soleil du sud…Elle s’appelle sobrement : « la trace du photographe ».

Jean-Baptiste Gauvin

Jean-Baptiste Gauvin est un journaliste, auteur et metteur en scène qui vit et travaille à Paris.

 

 

Alfred Latour, Expositions :
Espace Van Gogh – Du 29 mars au 2 mai 2018
18 Place Félix Rey 13200 Arles, France

Musée Réattu – Du 29 mars au 30 septembre 2018
10 Rue du Grand Prieuré 13200 Arles

Maison des Consuls d’Eygalières – Du 28 mars au 30 septembre 2018
Rue de la Vieille Église 13810 Eygalières, France

 

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