Quand Mai 68 éclate, Gökşin Sipahioğlu est depuis un an seulement à Paris en tant que correspondant de plusieurs grands journaux en Turquie. Il est aussi l’un des photographes de l’agence VIZO (ancêtre de Gamma et bien sûr de SIPA PRESS) où travaille également Gilles Caron, qui mourra au Cambodge, dans la fleur de l’âge, ouvrant la longue liste des photojournalistes tombés sur les champs de bataille ou sous les balles des fanatiques.
La qualité primordiale de Gökşin, c’est son regard, intelligent et vif. Celui-ci nourrit de fulgurances une imagination qui sait subodorer et prévoir. Il perce vite. Certaines de ses photos ont déjà fait le tour de la planète. Mai 68 va être comme un examen de passage. Sera-t-il ou non admis dans la cour des grands ? Tous les meilleurs photographes du monde rodent ce mois-ci entre le boulevard Saint-Michel, la Bastille et les Champs-Élysées. La concurrence est rude. Le grand Turc leur montre à tous qu’ils devront désormais compter avec lui. Il collectionne les « Une » et les doubles pages.