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La Chronique Livre : Julian Slagman : Looking at my Brother

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Chez Julian Slagman, la photographie est une histoire de famille. Ses grands-parents étaient toujours accompagnés d’un appareil, « comme si ce dernier faisait partie de la famille ». Leur relation passait par la photographie. Ce lien lui a permis de percevoir la connexion intime qui existe entre l’acte de voir et celui d’aimer.

C’est ainsi qu’à dix-sept ans, se tournant lui-même vers cette pratique, il oriente son objectif vers ses deux jeunes frères, Mats et Jonah : « Ils sont nés bien après moi, en 2004 et 2008. En même temps que j’apprenais la photographie, j’apprenais à devenir un frère : notre lien familial s’est aussi construit grâce à la photographie. »

Si au départ ces prises de vue sont pour Julian Slagman un entraînement, il ressent rapidement l’envie de continuer à observer ces deux garçons grandir à travers l’objectif, à pénétrer dans leur monde dans lequel le rêve se mêle au jeu. Douze années passent durant lesquelles il les photographie, de manière irrégulière et spontanée. Une partie de ces images sont réunies dans Looking at My Brother publié chez Disko Bay.

L’ouvrage ne suis aucune trame chronologique. Si deux clichés successifs peuvent être séparés de quelques secondes, d’autres ont vu passer plusieurs années entre eux. Les périodes se mélangent, une temporalité en appelle une autre, à la manière des souvenirs d’enfance qui nous surprennent sans que l’on s’y attende. Il était important pour le photographe de créer ces ruptures pour éviter toute linéarité : « Quand on pense à l’enfance et au fait de grandir, ces moments de vie ne suivent pas une ligne droite. Il y a là quelque chose de frénétique, presque fiévreux. »

Au fil des pages, on observe ses frères se métamorphoser, leur corps alterner de manière aléatoire entre les formes de l’enfance et celles de l’adolescence. L’un d’eux, Mats, est atteint d’une scoliose. Il y a quelque chose de très pur dans la manière dont le photographe montre cette malformation, sans pudeur, ni pathos. Elle est là, tout simplement. On observe sa colonne sinueuse prise dans un corset, puis les cicatrices de l’opération qu’il subit, des dessins sur sa silhouette grêle d’adolescent. Julian Slagman voit dans la chirurgie qu’a subit son frère un écho à la photographie : « l’acte de photographier, qui revient finalement à découper des situations dans le réel, peut être très brutal. »

Mais le sujet du livre n’est pas cette opération, ni la scoliose de son frère et c’est là toute sa beauté : elle est très présente au fil des pages, sans être pour autant le personnage principal. En l’intégrant naturellement au récit de cette fraternité, le photographe la normalise. En cela, le livre laisse aussi entrevoir d’autres possibilités quant à la représentation de la maladie ou du handicap.

Julian Slagman décrit ses photographies comme « de toute petites images découpées dans le temps ». Elles parlent de sa relation à la photographie, du lien entre la photographie et le temps. Et l’amour aussi, la fraternité. « Looking at my brother » est au singulier. Ce n’est pas un photographe qui regarde ses frères mais trois frères qui se regardent.

 

Looking at my Brother de Julian Slagman

Publié par Disko Bay, 2024
120 pages, 17 × 22,7 cm
68 photographies couleur et noir et blanc
Texte en anglais de Linda Baumgartner traduit par Jennifer Russell
Edition de 750
Disponible dans toutes les bonnes librairies et en ligne.

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