L’illusion des coquelicots
Cette série a commencé par une simple observation – une fleur de coquelicot, une graine de coquelicot. Pourtant, à chaque fois que je les rencontrais, des images surgissaient dans mon esprit, spontanément et instantanément. C’était comme si chaque nouvelle vue se pliait aux impressions passées, se confondant avec des fragments de mémoire. Cette réflexion n’était pas délibérée mais instinctive, un processus indépendant de ma volonté. Je me suis progressivement rendu compte que mon acte de voir ne concernait pas seulement le moment présent, mais qu’il s’agissait d’un enchevêtrement de réalités passées, présentes et imaginées.
Alors que je passais au crible les photographies que j’avais prises, cette expérience a continué à façonner ma perception. La manière dont j’ai édité les images a été profondément affectée par ces couches inconscientes de mémoire et d’émotion. C’est au cours de ce processus que j’ai commencé à comprendre Dukkha, le concept bouddhiste selon lequel toutes les choses sont transitoires, insatisfaisantes et, en fin de compte, illusoires. Dukkha évoque l’impermanence de tout ce que nous percevons, la façon dont les choses semblent solides mais sont constamment en mouvement, se dissolvent et se reforment d’une manière que nous ne pouvons pas saisir entièrement.
Dans The Illusion of Poppies, les formes émergent et s’estompent, les bords s’adoucissent en ombres et les détails s’estompent en impressions de ce qu’ils étaient autrefois – ou de ce qu’ils semblaient être. Les tons sépia donnent un sentiment de nostalgie, renforçant l’idée que même si nous essayons de préserver une image, elle s’éloigne déjà, se transformant dans l’œil de l’esprit. À travers ce jeu de perception, de mémoire et d’illusion, j’invite les spectateurs à considérer la nature fragile de la vision : comment chaque moment est une reconstruction fugace, où la réalité n’est pas fixe mais fluide, façonnée autant par ce qui se trouve devant nous que par ce qui persiste à l’intérieur de nous.