Avec « Paysages Mouvants », le Jeu de Paume présente son deuxième festival dédié aux métamorphoses de l’image contemporaine. Une exposition ainsi qu’une panoplie de rendez-vous (théâtre, performance, soirée) ponctuent cette édition. Entretien avec la commissaire du festival, Jeanne Mercier, et le directeur du Jeu de Paume, Quentin Bajac.
Quels sont les temps forts de ce festival ?
Jeanne Mercier : Ce festival est vraiment pensé comme un récit collectif. Au sein du Jeu de Paume, nous avons quatorze installations immersives qui invitent à plonger dans différents paysages : la jungle, le désert, l’oasis, le paysage glaciaire ou la montagne. C’est aussi l’occasion de nous questionner sur tous les symboles et tous les paysages qui ont été stéréotypés par des siècles de représentation (peinture, littérature, cinéma). Ici, on les a voulu comme quelque chose qui soit en permanence en mouvement, quelque chose qui change tout le temps, comme ce que nous avons autour de nous dans le monde. Avec le Jeu de Paume, nous avons invité huit artistes dans l’exposition à réaliser huit nouvelles œuvres, totalement inédites. Sept autres projets sont présentés et ils sont totalement réadaptés pour le festival. Donc cela correspond à la partie « exposition » du festival qui pose des questions à la fois politiques, écologiques, sociologiques, identitaires, autour du sujet du paysage. Et puis comme c’est un festival, nous avons imaginé trois temps festifs, trois week-ends, dans lesquels on peut retrouver de nombreuses performances inédites qui ont été réalisées en écho avec le paysage. On aura des projections de films, mais aussi des compositions de chants célestes, des danseurs, comme Jeanne Alechinsky, qui vont traverser le festival et déambuler dans les salles. On aura aussi des découvertes autour des odeurs et du goût, comment la nourriture peut être associée à un territoire… Le week-end de clôture sera, quant à lui, plutôt tourné vers les enfants ainsi que sur la question du mythe du paysage.
Pourquoi avoir choisi le sujet du paysage ?
Jeanne Mercier : Quand Quentin Bajac m’a invité il y a deux ans à réaliser le projet, où j’avais carte blanche, avec tout de même cette idée de nouvelles créations dans un accompagnement du Jeu de Paume pour ces œuvres inédites, j’ai tout de suite pensé à ce travail que je mène depuis 2018 autour de la question et de la représentation du paysage. Depuis vingt ans, je travaille sur la question de la représentation du continent africain. Pendant très longtemps, nous parlions d’abord de la représentation humaine et puis, à partir de 2015, les photographes ont commencé à se détourner de l’homme et à travailler de plus en plus sur les environnements qui nous entourent. Pour moi, ça a été un moment de prise de conscience qui est bien sûr expliqué par tout ce qui se passe autour de nous : le réchauffement climatique, les changements qu’il peut y avoir, la question de l’exploitation des ressources naturelles. Après le Covid, le sujet du paysage a pris une ampleur encore plus grande et est devenu central.
Pourquoi faire un festival sur les métamorphoses de l’image contemporaine ?
Quentin Bajac : L’idée est que ça revienne environ tous les trois ans dans la programmation, le prochain aura lieu en 2028. Il y a toujours eu, au Jeu de Paume, un engagement envers la création contemporaine qui était notamment passé par de petits projets baptisés « Satellites ». C’était alors une belle programmation, mais je trouvais qu’elle manquait de visibilité. J’ai donc décidé de donner de temps en temps une carte blanche dans la programmation à une ou un commissaire d’exposition et la possibilité de produire de nouvelles œuvres avec des artistes émergents et aussi des artistes plus confirmés, comme ici Thomas Struth ou encore Mathieu Pernot. C’est une de nos missions de produire des œuvres nouvelles et d’offrir un soutien à une jeune scène. L’idée sera toujours de confier cet événement à un commissaire indépendant. Un regard neuf, de quelqu’un qui ne vient pas forcément d’une institution. Pourquoi Jeanne Mercier ? Parce que j’avais suivi son parcours, j’aimais sa géographie puisqu’elle a travaillé avec divers artistes venant de divers pays africains, qu’elle a vécu au Portugal et qu’elle vit aujourd’hui à Marseille… Tout cela faisait que cette édition serait très différente de l’édition précédente. L’idée est plutôt de choisir un nom et de faire confiance. Notre rôle, ensuite, est d’accompagner et de conserver une forme de flexibilité pour pouvoir accueillir jusqu’au dernier moment les propositions artistiques.
L’idée, c’est aussi de toucher de nouveaux publics ?
Quentin Bajac : On l’espère ! Un public peut-être encore plus jeune que le public qu’on touche actuellement. Il y a d’ailleurs un programme à destination des très jeunes publics et je pense que c’est un sujet qui peut les sensibiliser. Nous sommes un lieu sans collection donc notre identité est celle du moment. Moi, je suis très attaché à cette idée de s’adresser à des publics différents à chaque fois. Nous n’avons pas un public, mais des publics. Si nous avons 250.000 visiteurs chaque année, je préfère que ce soient 250.000 visiteurs qui ne viennent qu’une fois plutôt que des fidèles qui reviennent à chaque fois.
À propos des mutations de l’image contemporaine, est-ce que le Jeu de Paume accueillera des œuvres réalisées par l’Intelligence artificielle ?
Quentin Bajac : Très prochainement puisque dans deux mois, à l’issue du festival, la prochaine exposition sera consacrée à l’Intelligence artificielle. Elle a pour titre « Le monde selon l’IA » et sera aussi déployée dans tout le bâtiment. Elle sera l’occasion d’accueillir de très nombreuses propositions autour de l’IA, donc très contemporaines, mais aussi de retracer une sorte d’archéologie de l’IA, avec des œuvres un peu plus anciennes.
Propos recueillis par Jean-Baptiste Gauvin
Jeu de Paume
1, place de la Concorde, Jardin des Tuileries Paris 1er • Mo Concorde (lignes 1, 8, 12)
+33 (0) 1 47 03 12 50
http://www.jeudepaume.org
Horaires
Expositions, librairie, café-terrasse Rose Bakery
Mardi • 11h – 21h / Du mer. au dim. · 11h – 19h Lundi • fermeture
Tarifs
En ligne : plein tarif • 12€ / tarif réduit • 9€
Sur place : plein tarif • 13€ / tarif réduit • 9,50€ Tarif -25 ans / étudiant • 7,50€ (en semaine)