Dans mes images, j’essaye d’échapper à toute classification du reportage; ils montrent l’âme de chaque sujet dépeint et préservent en quelque sorte la mémoire. Des étals surchargés de têtes d’animaux, de pierres, de cornes et de racines mélangées à des masques colorés ou des costumes élaborés en forme de botte de foin. Les couleurs vives se fondent dans une chorégraphie vivante pleine de significations cachées.
Je suis tombé amoureux de ce monde de mémoire ancienne.
Une mémoire avec des aspects différents, des lieux différents mais comme fil conducteur de tout mon travail. Dans l’imagerie occidentale, le vaudou évoque une fascination tribale pour des rituels ancestraux qui intrigue et effraie à la fois. La recherche d’une Afrique authentique encore dense avec ses origines primordiales m’a conduit à rechercher les traces de la plus ancienne religion du monde, au Togo et au Bénin, deux pays peu connus du paysage et du tourisme naturaliste mais riches en groupes tribaux qui préservent encore l’héritage de leurs ancêtres. Selon le peuple togolais, le vaudou est né avec la création et a accompagné l’évolution de l’homme depuis ses origines. Pour être précis, il s’est développé le long du fleuve Mono, frontière naturelle entre le Togo et le Bénin, et repose sur la vénération de la nature et des ancêtres, croyant fermement à la coexistence des vivants et des morts. Le monde des morts se superpose à celui des vivants et il est possible d’y accéder au moyen d’esprits, de masques, de fétiches, de rituels et d’intermédiaires de toutes sortes qui constituent le lien avec la divinité.