En quelques mois, sept amies installées à Marseille ont transformé leur entraide informelle en un collectif structuré : Solar Collective. Ensemble, Orianne Ciantar Olive, Giulia Frigieri, Julia Gat, Fanny Magot, Tina Masoumi, Kamila K. Stanley et Carla Alberny revendiquent une approche de la photographie ancrée dans la Méditerranée et portée par une diversité d’origines, de langues, de regards.
Comment transforme-t-on un groupe d’amies en véritable collectif photo ?
Kamila K. Stanley : Ça s’est fait de manière très organique. Carla, Julia et moi vivons en coloc. Julia avait déjà un réseau de copines artistes et photographes dont Tina, Fanny et Giulia font partie. Moi, je connaissais Orianne. On s’aidait déjà énormément de manière non officielle et un jour on s’est dit : en fait, il faut qu’on fasse un vrai collectif.
Tina Masoumi : J’ai déménagé en France en 2023 et la première amie que je me suis faite, c’était Julia. Je l’ai rencontrée alors qu’on prenait toutes les deux des photos. Elle m’a proposé de faire une exposition, et petit à petit, j’ai rencontré les autres. Pour moi, c’était déjà comme si un petit groupe de femmes photographes existait à Marseille.
Fanny Magot : Moi, j’avais déjà fait partie d’un collectif de femmes à Lyon pendant deux ans : le collectif Horizon. J’avais ce passif d’être soutenue, de pouvoir poser des questions quand on était bloquées et l’envie de recréer ça ailleurs.
En réalité, cette entraide faisait déjà partie de votre quotidien ?
Kamila K. Stanley : Je me rappelle d’un moment : j’avais commencé une nouvelle série photo et j’ai croisé Orianne à un vernissage avec Julia. Juste en échangeant dix minutes avec elle, ça a débloqué tellement de choses. Je me suis dit qu’il faudrait vraiment qu’on fasse ça plus souvent : qu’on se force à se voir régulièrement pour avoir ce genre de dialogue, qui enrichit énormément notre pratique.
Giulia Frigieri : Ce que j’aime vraiment chez Solar, c’est que c’est à la fois une communauté d’amies et une communauté de femmes en qui nous avons vraiment confiance. Ça aide à sortir de sa tête. En tant que photographe, on est souvent enfermée dans ses pensées, isolée dans un monde très compétitif. Récemment, je n’ai pas traversé une période très positive et avoir Solar a été un vrai soutien. Ça m’a permis de réaliser qu’on est toutes dans le même bateau, qu’on s’entraide vraiment.
Finalement, quand est réellement né Solar ?
Kamila K. Stanley : Notre première réunion, c’était en octobre 2024, et on s’est vraiment lancées en janvier. Vous en dites quoi, les filles ? On essaye de se structurer autour de rendez-vous mensuels pour discuter de nos projets individuels, mais aussi des projets du collectif. On a mis en place un système de binômes qui prennent la tête du collectif par périodes de deux mois. On a aussi auto-édité un zine sur lequel on a toutes travaillé. Il rassemble nos photos et des textes dans toutes nos langues. J’ai pu faire une exposition à Berlin et on en a profité pour y aller ensemble, pour celles qui pouvaient, et le lancer là-bas !
Vous évoquez comme volonté de “mettre en lumière des regards de femmes photographes sur la Méditerranée”. Quelle est la place de Marseille dans l’identité de votre collectif ?
Kamila K. Stanley : On vient d’horizons et de nationalités différentes. J’ai vécu au Portugal, Orianne a beaucoup travaillé au Liban. On a toutes un intérêt pour la région méditerranéenne et Marseille représente un peu un port d’attache.
Tina Masoumi : Marseille est une ville d’immigration et, d’une certaine manière, nous sommes aussi des immigrées. Je viens d’Iran, et nous avons toutes notre propre regard sur la vie ici et sur la Méditerranée, en fonction de nos origines. C’est quelque chose qui me parle vraiment : avoir un collectif composé de nous, nouvelles arrivantes à Marseille, avec nos parcours et nos points de vue différents.
Giulia Frigieri : L’image de Marseille est aussi beaucoup véhiculée par des photographes qui n’y vivent pas. Il y a un vrai besoin de représentation locale, par des gens qui connaissent la ville.
Fanny Magot : Il y a déjà des femmes photographes qui travaillent sur la Méditerranée, mais je pense que l’idée du collectif, c’est aussi de faire groupe et d’amener encore plus de visibilité. C’est chouette d’avoir cette force en collectif et de montrer que ça existe.
Quels ont été les premiers retours après la naissance du collectif ?
Kamila K. Stanley : On a reçu une vague de soutien et d’engouement qui nous a beaucoup touchées, et aussi un peu étonnées. On a été un peu prises au dépourvu ! On reçoit aussi des messages de filles photographes à Marseille qui aimeraient rejoindre le collectif ou collaborer avec nous d’une manière ou d’une autre. Ça nous fait vraiment prendre conscience qu’il y a un vrai besoin de donner de la force à ces voix féminines.
Comment appréhendez-vous ces demandes ?
Fanny Magot : C’est une question qu’on aura à se poser rapidement ! Je pense qu’on est assez d’accord pour rester sept membres, mais on trouvera d’autres formes pour s’ouvrir : par le biais de conférences, d’expositions ou de rencontres avec les femmes qui nous sollicitent.
Qu’est-ce qui vous rapproche artistiquement ?
Giulia Frigieri : Je pense que la perspective intime est importante, parce que nous travaillons toutes, en dehors des projets plus commerciaux, sur des projets relativement longs.
Tina Masoumi : Nous partageons ce fil conducteur : nous travaillons sur des histoires humaines. Nos projets personnels sont profondément ancrés dans l’humain, dans des récits de vie.
Fanny Magot : J’ajouterai aussi que, sur l’aspect esthétique, on travaille pratiquement toutes en lumière naturelle.
Kamila K. Stanley : Et beaucoup à l’argentique quand même, mais pas que !
Et l’avenir ? De quoi sera fait 2025 ?
Kamila K. Stanley : On peut dire que le décollage est en cours, et on prévoit notamment une exposition de lancement cet été !
Tina Masoumi : Il y a eu des discussions avec certaines personnes pour organiser une soirée de lancement pendant Arles. On nous a aussi proposé de participer à un workshop Magnum qui se tiendra à Marseille en août, où nous nous présenterons en tant qu’artistes invitées. Voilà ce dont je suis au courant, et franchement, je trouve ça super cool !
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