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La Collection Bachelot – Exposition Biennale Daegu

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Ils s’appellent Florence et Damien Bachelot.

Ils sont passionnés de photographie et la collectionnent.

Leur collection est belle , engagée , humaniste.

Vous la découvrirez tout au long de ces prochains mois dans l’Oeil de la Photographie par une chronique régulière.

Le mois dernier en Corée du sud, ils ont présenté à la Daegu photo biennale un exposition organisée par la commissaire Françoise Docquiert, en voici quelques images, ainsi que les deux textes qui l’accompagnait.

Jean-Jacques Naudet

 

Collectionneurs exemplaires: un aperçu de la collection Florence et Damien Bachelot

Florence et Damien Bachelot sont des collectionneurs exemplaires. En un peu plus de vingt-cinq ans, ils ont constitué l’une des meilleures collections de photographies du XXe siècle – aujourd’hui plus de six cents pièces – selon deux principes: acquérir exclusivement des estampes d’époque d’une qualité exceptionnelle et favoriser – avec plus et plus d’exceptions – des tirages en noir et blanc, plus abstraits et servant une sorte de va-et-vient esthétique, constituent encore aujourd’hui un fil conducteur à travers l’histoire de la photographie.

Au début, les Bachelot étaient plus intéressés par les tirages réalisés par des photographes humanistes français – parmi lesquels Brassai, Robert Doisneau, Willy Ronis, Janine Niepce et Cartier-Bresson – puis leur curiosité s’est tournée vers les Américains – Sid Grossman, Bruce Davidson, Nan Goldin, Saul Leiter, Joel Meyerowitz – qui a renforcé une collection déjà enrichie par de jeunes photographes tels que Lisa Rose, Luc Delahaye, Stéphane Couturier et Ambroise Tezenas…

Pour eux, collectionner est une sorte de construction intellectuelle, construite patiemment à partir d’exemples, d’impulsions, parfois de réactions aveugles, d’enthousiasmes enthousiastes, de jugements plus ou moins excentriques et d’attentes joyeuses. Et si les Bachelot justifient leur choix par des favoris successifs, ils recherchent finalement une certaine cohérence entre les œuvres qu’ils s’efforcent ensemble.

La collection est donc une incitation à la recherche et à l’étude, liée à une progression de leurs goûts. Ils sont toujours guidés par l’intuition lorsqu’ils vont à la rencontre d’une œuvre. La relation avec les artistes reste importante: ils essaient de tout savoir sur leur travail, sur la sincérité et la cohérence de leur approche, sur leur position dans le monde de l’art. Comme ils sont seuls responsables de leurs choix, les Bachelot évoluent dans le sens d’une rigueur affirmée pour toujours exprimer leur libre choix.

Collectionneurs privés, dans le monde de l’image, Florence et Damien Bachelot jouent un rôle majeur de contrepoint et de stimulation. En montrant une partie de leurs images à un large public, ils souhaitent partager une partie de leurs images rarement exposées.

Françoise Docquiert    

 

L’automobile, symbole de la modernité – Collection Florence et Damien Bachelot

« L’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique » Roland Barthes Mythologies, 1957, Editions du Seuil.  

Le développement de la vie moderne a été accompagnée d’une place croissante accordée à l’automobile, perçue tant comme un objet d’identification sociale que de modernité.

En Europe, aux Etats Unis et en Asie,la voiture est liée à l’essor de la civilisation des loisirs pour des millions d’individus nés avec la production industrielle et fait partie du rêve de progrès pour l’homme et sa nature contradictoire, ses triomphes et ses échecs. Quant aux villes, elles sont rapidement pensées comme des espaces de circulation automobile.

Parallèlement qui mieux que la photographie a été le témoin patient de ces bouleversements ?

Au début du XXème siècle, en effet, l’automobile et l’appareil photo connaissent, l’un et l’autre et presque parallèlement, d’importants développements techniques avec comme point commun la recherche de la vitesse : du coté de la voiture, on passe de 20km à l’heure dans les années 1890 à plus de 100 km dès 1960. Et, du coté de la photographie, on recherche la vitesse de l’ouverture reposant sur la mécanisation de l’obturation. Le lancement en 1925 du Leica marque un véritable tournant pour les prises de vues. Dès les années 60, l’apparition d’appareils plus petits, plus légers et plus rapides, de la pellicule couleur et des boutiques de développement instantanés emmène la photographie « sur la route » toujours grâce à la voiture. La pratique automobile touristique en rencontre une autre : le photographe amateur.

Il n’est pas surprenant, dans ce contexte, que les photographes professionnels se soient immédiatement emparés de cet objet particulièrement photogénique et porteur de sens multiples. Un grand nombre d’entre eux, dans le monde entier, photographient des automobiles dans leur environnement quotidien, stationnées dans les rues des grandes capitales : Paris, New York et bien d’autres….Ses artistes envisagent la voiture comme une sorte de medium et s’intéresse aux différentes facettes de la culture automobile que ce soit les stations-services, les parkings, les garages… Le paysage de l’automobile devient un univers tissé de relations inédites entre des lieux, des personnes, des mises en situation. La fascination qu’exerce la voiture est renforcée pour ces photographes par sa grande force plastique et sa puissance d’évocation.

L’intelligence d’une collection est, notamment, de savoir rendre compte des mutations de son époque. S’ils privilégient la qualité du tirage, Florence et Damien Bachelot ont aussi une conscience aigue de l’intensité de l’instant. Ces passionnés rassemblent des photographies, souvent majeures dans le processus des artistes, pour les confronter et en proposer des lectures uniques, cohérentes et intemporelles. Pour eux, la photographie est le dévoilement de la société contemporaine et permet une nouvelle narration du monde. Il n’est donc pas étonnant de retrouver, parmi les six cent clichés de leur collection, un grand nombre d’images prenant pour modèle la voiture.

Une cinquantaine de ces clichés seront présentés à la Biennale de Daegu 2018 avec des regards particuliers, des lectures critiques, des fragments de réalité sociale illustrant plus d’un siècle de l’utilisation de la voiture.

Ainsi Le conducteur au volant de sa voiture de Jacques-Henri Lartigue, peintre, écrivain et photographe français. Sa célébrité attendra les années 50 avec une photo « ratée » d’une formule 1. En 1912, pendant le Grand Prix de l’Automobile Club de France, Lartigue est surpris par la vitesse d’une voiture, il la suit de son viseur et déclenche. Pendant le développement, il constate que tout est bougé, déformé et que la voiture est mal cadrée. Il ne tire pas la photo et la sort de ses archives en 1950. C’est un énorme succès. Tout ce qui avait fait que l’image était ratée participe maintenant à son dynamisme : le flou de « bougé », la déformation des roues, le cadrage de la voiture qui va tellement vite qu’elle est déjà hors du cadre….

Policier parisien réglant la circulation, place de la Madeleine, le clin d’œil de Robert Doisneau à l’agent de police de Paris, lui qui, de 1934 à 1939, à 22 ans, entre au service photo des usines Renault à Billancourt. De ces cinq années passées chez Renault naîtra une prodigieuse collection, témoin précieux d’une entreprise mythique, mais aussi d’un lieu et d’une époque.

Rue de la Mare ou Ménilmontant, les clichés de Willy Ronis et ses voitures dévoilent les liens indéfectibles qui l’ont rattaché à la ville Lumière jusqu’à son décès en 2009, à 99 ans.

Brooklyn Gang. Bruce Davidson, immense photographe travaillant en noir et blanc, a célébré dans les années 60 Brooklyn, ses voitures et ses gangs avec une puissance formelle, une dimension sociale et politique et une profonde humanité. Là encore, la voiture documente ses clichés.

Plus récemment, Philippe Chancel, dans sa série Drive thru Flint, est le témoin de la déchéance de Detroit, longtemps symbole de progrès avec ses trois grands géants de l’automobile – General Motors, Ford et Chrysler. Mais à partir du début des années 80, l’industrie automobile aux USA s’effrondre. Detroit est rebaptisée « Murder capital .»

L’utilisation magistrale de la photographie couleur est la marque de fabrique de Saul Leiter, d’Harry Gruyaert et de Joel Meyerowitz. Chacune de leurs photos dévoile un univers propre et unique, construit avec une maîtrise de la couleur, de la lumière et de la composition. Ils se sont emparés chacun à leur manière de la puissance narrative de la voiture et Joel Meyerowitz le confirme : « J’ai commencé à comprendre que la vitre de la voiture était le cadre et que, d’une certaine manière, la voiture elle même était l’appareil photo avec moi ».

La voiture, bientôt, pourra rouler sans conducteur. La technique photographique change avec l’ère numérique, les réseaux sociaux et les outils connectés. Pourtant les photographes sont toujours fascinés par l’automobile parce que cette icône moderne symbolise encore aujourd’hui une liberté accélérée.

Françoise Docquiert

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