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Charles Harbutt

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L’exposition Image Gallery Redux à la galerie Howard Greenberg me ramène à mes débuts en tant que photographe. La photographie Ladies Aide a été prise quand j’avais dix-sept ans et que je participais à un atelier de Russ Lee et Roy Stryjer à Rolla, dans le Montana. Il y a aussi trois photos réalisées pour un reportage sur les ouvriers saisonniers que j’ai fait pour un magazine Jubilee, pour lequel j’ai travaillé en sortant de l’université en 1956.

Lors de la Saint-Sylvestre de 1959, la nouvelle se répandit que le dictateur cubain Batista s’était enfui en République dominicaine avec tout l’argent qu’il avait pu emporter et que l’armée rebelle de Fidel Castro avançait sur La Havane. Castro, un avocat de 32 ans leader de la révolution, avait gagné. Ce jour-là, j’ai reçu un coup de téléphone d’une femme qui avait vu une de mes photos de travailleurs de ferme portoricains et l’avait appréciée. Elle était affiliée à Castro et organisait un projet, Operacion Verdad, pour lequel des artistes, écrivains, sculpteurs et danseurs non-cubains étaient invités à La Havane pour « créer des travaux en rapport avec la Révolution ». Seules les frais étaient payés : la chambre, le voyage et les transports sur place. Je sautais sur l’occasion. Je ne parlais pas espagnol. Je ne conçus pas un seul instant avant d’arriver à La Havane que cela pourrait poser un problème.

Le 2 janvier, j’arrivais à La Havane où on me conduisit au siège du journal de Castro, Revolucion, et on me mit en équipe avec un reporter qui parlait anglais. Notre première mission était de rejoindre Castro dans la Sierra Maestra. Nous primes un avion militaire pour dieu sait où dans les montagnes. Castro était en train de faire ses adieux et de remercier ses soutiens avant de partir pour La Havane. C’était un moment très solennel. L’émotion était palpable. Il y avait beaucoup d’ouvriers agricoles endimanchés, et beaucoup de soldats débraillés tous ramassés au bord d’un terrain de football qui avait été laissé dégagé. Le seul endroit pour prendre une photographie était en plein milieu du terrain. Je ne voulais pas perturber ce moment. En plus, je n’étais pas sûr de pouvoir reconnaître Castro : TOUS les soldats avaient des barbes. J’ai pris ma photo du bord du terrain. J’avais 23 ans et je n’étais pas encore très dégourdi.

Après cela, je ne pus pas retrouver mon reporter, aussi je négociais mon retour en ville avec un reporter cubain et, après une bière et un sandwich dans une cantina, je m’assis sur un banc sur la place centrale, attendant que quelqu’un me trouve.

Ce fut un policier qui me trouva, il regarda mon laissez-passer du Revolucion et me conduisit au poste de police. Je fus mis dans une cellule parce que personne ne croyait qu’un Américain qui ne parlait pas espagnol pouvait travailler pour le Revolucion.

À minuit, tout le monde fut expulsé des cellules et libéré. Les Cubains rentrèrent chez eux, j’imagine, et je me rassis sur le même banc et, après avoir solidement attaché mon appareil à mon bras, je m’endormis. Avec toute l’adrénaline que mon corps charriait, la faim n’était pas un problème.

Un peu plus tard, une jolie jeune femme me réveilla et me demanda si j’allais bien. Il s’avéra qu’elle enseignait l’anglais dans une école locale. Elle écouta mon histoire et m’invita à venir prendre le petit déjeuner au matin dans sa maison de l’autre côté de la place. « Viens à dix heures », dit-elle, « quand ma mère sera partie travailler. »

À 9h30, une demi-heure avant mon rendez-vous, le reporter se montra pour me dire qu’on devait se précipiter à l’aéroport : l’avion partait. « Mierda », dis-je, mon premier mot en espagnol.

Et voilà pour mon premier jour à Cuba. Je n’avais jamais vu de cadavres auparavant, jamais fini en prison, jamais couvert un événement majeur, jamais dormi sur un banc, ni été invité par une belle jeune femme dans sa maison après le départ de sa mère. C’était ça, la vraie vie.

La Havane était exaltante. Des gens de mon âge discutaient jusqu’à l’aube pour déterminer comment le nouveau gouvernement s’y prendrait pour alphabétiser le pays et offrir des soins médicaux à tous, redistribuer les terres, imposer la justice sociale et offrir un nouveau rôle à la danse. J’étais plein du romantisme et de l’espoir d’un monde meilleur que la Révolution charriait. Si devenir un photographe pouvait m’offrir tout cela, alors j’en serais un.

Charles Harbutt

EXPOSITION
The Image Gallery Redux19591962
Du 9 janvier au 15 février 2014
Howard Greenberg Gallery
The Fuller Building
41 East 57 Street
Suite 1406
New York, NY 10022
USA

http://www.howardgreenberg.com

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