Archives – 9 avril 2025
Bruce Silverstein Gallery présente « Photographer as Sculptor, Sculptor as Photographer », l’exposition inaugurale de son nouvel espace. Cette exposition réunit des sculptures et des photographies de certains des sculpteurs et maîtres de la photographie les plus influents des XIXe et XXe siècles, révélant ainsi les approches conceptuelles communes qui unissent ces médiums apparemment distincts. Comprenant des œuvres de Constantin Brâncuși, Man Ray, Henry Moore, Auguste Rodin, John Chamberlain et David Smith, ainsi que des photographies de Hans et Hilla Becher, Imogen Cunningham, Karl Blossfeldt, Bill Brandt, André Kertész, Barbara Morgan, Aaron Siskind, Frederick Sommer, Edward Steichen et Edward Weston, l’exposition remet en question les distinctions traditionnelles entre photographie et sculpture, révélant une convergence entre ces pratiques artistiques. En observant ces sculptures et ces photographies côte à côte, l’exposition met en lumière comment, en déplaçant les frontières de la matérialité, de l’espace, de la perception et de la forme, la photographie devient un acte sculptural, et la photographie devient sculpture.
Depuis ses débuts, la photographie a joué un rôle crucial en sculpture, permettant aux sculpteurs de conceptualiser, d’affiner et de réimaginer leurs œuvres. Auguste Rodin, premier sculpteur à être largement reconnu pour son utilisation de la photographie, a traité ce médium comme une extension de sa pratique sculpturale. Avec l’aide d’artisans qualifiés, il a façonné la lumière et l’ombre avec la même précision qu’il appliquait au bronze et au marbre, allant jusqu’à enduire ses épreuves de bichromate de potassium, créant une surface pigmentée de verts et de bruns profonds qui reflétait la patine naturelle de ses sculptures. Constantin Brâncuși, quant à lui, utilisait la photographie pour modifier la perception de ses sculptures, capturant des instants fugaces d’illumination, de reflet et de silhouette. Ce faisant, il créait une nouvelle forme de sculpture : les ombres et les contours de l’objet physique se confondant, il n’y avait plus de séparation nette entre le matériel et l’éphémère. De même, Henry Moore et David Smith ont utilisé la photographie pour manipuler l’échelle et la texture, transformant leurs maquettes de modèles réduits en installations extérieures monumentales.
Les photographes ont eux aussi cherché à distiller l’essence sculpturale dans leurs cadres. En isolant des formes organiques comme des études botaniques, Karl Blossfeldt a élevé les structures naturelles au rang de sculpture. Imogen Cunningham a poussé plus loin, utilisant la lumière, l’ombre et un cadrage non conventionnel ; les textures complexes des feuilles, des tiges et des bourgeons prennent la solidité d’un matériau sculpté ou moulé. Dans Amaryllis, 1933, une seule feuille se courbe et se sépare, ses bords blancs et nets dessinant la forme avec précision. Sa surface froide et riche évoque la finesse de l’acier poli ou la fluidité du plastique. De même, les typologies d’architecture industrielle des Becher recadrent les structures utilitaires comme des monolithes sculpturaux, leur répétition et leur composition précise amplifiant leur présence sculpturale. Les nus bruts de Bill Brandt font écho aux masses ondulantes des bronzes de Moore, tandis que le cadrage surréaliste des statues classiques de Man Ray brouille la frontière entre figure humaine et objet sculpté.
L’exposition souligne également la manière dont la photographie donne naissance à de nouvelles réalités sculpturales. Pour Man Ray, l’appareil photo lui-même devient un outil de transformation, capable de modifier la perception et d’actualiser la sculpture moderne. En cadrant soigneusement des objets trouvés – pinces à linge, plateau à œufs – et en les photographiant sous un éclairage intense, il se livre à un jeu de simulation, transformant des objets du quotidien en sculpture humanoïde, renforcée par le titre « L’homme ». Les abstractions texturales d’Aaron Siskind réinventent les éléments naturels en sculptures ready-made. Le nu d’Edward Weston, Anita Brenner, Mexico (1924), incarne une forme à la Jean Arp, transformant le corps humain en une surface sculpturale douce, définie par la forme et l’isolement. En utilisant courbes et contours abstraits, Weston brouille la frontière entre chair et sculpture, tandis que les compositions cinétiques de Barbara Morgan capturent le mouvement du corps comme s’il était gravé dans le temps.
À travers ces juxtapositions, « Photographe comme sculpteur, sculpteur comme photographe » réaffirme que la photographie n’est pas un substitut de l’objet, mais un lieu de transformation. En remettant en question les clivages traditionnels entre les disciplines, cette exposition marque une nouvelle orientation pour la galerie Bruce Silverstein : une approche fluide et interdisciplinaire, à travers tous les médiums artistiques, unis par la vision et la créativité.
Photographer as Sculptor – Sculptor as Photographer
Du 10 avril 2025 au 7 juin 2025
Vernissage : le 10 avril 2025, de 18h à 20h
Bruce Silverstein Gallery
529 W 20th St.
New York, NY 10011
www.brucesilverstein.com














